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Le digital est à la formation ce que le sucre ajouté est à la nourriture

  • Photo du rédacteur: Stanislas
    Stanislas
  • 19 oct. 2021
  • 5 min de lecture

La formation scolaire est au service du citoyen, la formation professionnelle au service de l’entreprise.


L’objectif de la formation professionnelle est lui économique. Cette “formation” est financée par l’entreprise qui cherche à améliorer la productivité de son capital humain. L’emploi du terme “formation professionnelle” est donc abusif : alors que l’école cherche à émanciper l’enfant pour en faire un citoyen libre et éclairé, l’entreprise cherche à adapter au mieux les compétences de l’adulte, considéré en tant outil au service de l’entreprise. L’idéal de l’école est noble, désintéressé, au service de l’enfant. L’objectif principal de la formation professionnelle est vulgaire, intéressé, au bénéfice de l’entreprise. On devrait plutôt parler d’entretien du capital humain.


Dis papa, pourquoi je ne suis pas payé à l’école alors que je travaille comme toi ?


Cette différence devrait être enseignée au plus tôt aux enfants, dès l’école primaire. Les enfants se demandent souvent, et très sérieusement, pourquoi ils ne sont pas payés à l’école. La raison est la suivante : l’école est à leur service, elle est le cadeau que les adultes font à la génération suivante pour pérenniser la démocratie, qui repose sur les Lumières générales. La France a inventé ce concept d’une école gratuite pour tous sans contrepartie (l’école gratuite a existé avant la République, mais une des contreparties en était une forme de propagande religieuse). Dans leur vie de citoyen à venir, le terme “gratuit” sera presque toujours dévoyé pour les asservir, par les politiques, par les entreprises (Google, Facebook… leur proposeront des services “gratuits”). L’école sera le seul lieu, avec leur famille, où le terme gratuité aura eu un sens, où le don aura réellement été désintéressé.

Quand l’entreprise les formera professionnellement, ils seront certes payés, mais ne seront plus les bénéficiaires réels de la formation – le bénéficiaire de cette formation est l’entreprise. La formation professionnelle est, sauf exception, une version alternative du travail rémunéré.


Dis papa, à quoi ça sert les maths et le latin ?


Les enfants demandent souvent aussi à leurs parents pourquoi ils sont obligés d’apprendre des matières “inutiles” (le latin, les mathématiques, les grands auteurs, l’histoire) alors que ces matières ne leur serviront pas plus tard dans leur vie professionnelle. La réponse est que ces matières sont importantes précisément parce qu’elles sont à première vue inutiles professionnellement. Elles sont là uniquement pour développer leur intelligence et leur compréhension permanente du monde. C’est une grande chance pour eux qu’ils puissent recevoir cet enseignement qui plus est gratuitement. La part donnée aux enseignements “inutiles” a longtemps différencié la France des autres pays (Allemagne, États-Unis) et a été une des raisons de l’excellence de l’école Française.

Une école qui ne serait pas au service des enfants leur enseignerait au plus tôt un métier. Elle les exposerait presque exclusivement à des matières professionnellement utiles : un peu de maths (pas trop, ça risquerait de les traumatiser), un peu de langues, un peu d’économie, de gestion, un peu de français si les œuvres étudiées ne sont pas trop compliquées. Chercher rapidement des solutions faciles dans Google et dans Wikipédia. Améliorer l’oral plutôt que le raisonnement. Voilà ce que deviendrait l’école si elle cessait de s’intéresser réellement aux enfants – et voilà ce que malheureusement, elle est devenue aujourd’hui. Quand l’école essaie de copier la formation professionnelle, elle s’abaisse.


La révolution numérique exige de nous des savoirs toujours plus permanents, nous enseignons des savoirs toujours plus volatils.


Il y a un autre argument qu’on oublie trop souvent, c’est que dans notre monde numérique, en transformation technique rapide, les savoirs dits « inutiles » sont les seuls qui durent, en raison de leur caractère intemporel. Le triangle rectangle restera, de tout temps, inscrit dans son demi-cercle. Le latin permettra toujours de mieux comprendre notre langue, notre histoire, notre culture. Stimulant notre cerveau, les matières inutiles nous rendent plus intelligents pour toujours. La philosophie et le français continueront, demain comme aujourd’hui, à nous aider à comprendre le monde qui nous entoure.

Un enfant à qui on apprend une « compétence » telle que « se servir du logiciel Word » ou « savoir taper à la machine » a toutes les chances d’aller à l’école pour rien, puisque dans 10 ans, cette compétence sera devenue inutile. Un enfant qui apprend quelques grands principes fondamentaux, mais valables de tout temps a une capacité d’adaptation professionnelle beaucoup plus grande.

Finalement, plus la technique prend de l’importance dans le monde, plus le scientifique, le fondamental, les savoirs généraux sont indispensables. L’efficacité économique est profondément corrélée à l’intérêt long terme de l’enfant. La vision la plus généreuse que nous pouvons avoir de l’école, celle des savoirs “inutiles”, est aussi la plus productive.

Mais le système scolaire et universitaire est depuis trente ans pétrifié par la crainte du chômage. Toutes les réformes s’y sont faites au nom des sacro-saintes efficacités professionnelle et économique. L’enseignement des savoirs généraux a reculé au profit des compétences dites professionnelles, l’esprit de la formation professionnelle est rentré dans l’école, l’affaiblissant et lui enlevant du sens. Il faudrait sans doute faire exactement le contraire : faire entrer l’esprit de l’école dans la formation professionnelle.


La “formation tout au long de la vie” est le symptôme de l’échec de la formation initiale.


La formule “formation tout au long de la vie” qu’on utilise sans vergogne, comme un slogan, depuis des années signifie en fait ceci : quand la formation initiale, scolaire, de l’élève a été négligée, il faut sans cesse l’adapter à son environnement de travail, car il n’en maîtrise plus les fondamentaux. Plus l’école s’affaiblit, plus l’entretien du capital humain, avec des visées à court terme, doit devenir fréquent, un peu comme on doit remettre de l’huile sans arrêt dans un moteur mal conçu. Si l’école fait bien son travail, la part de “formation tout au long de la vie” est réduite, non pas qu’on doive cesser d’apprendre à 25 ans, mais parce qu’on a reçu les instruments théoriques permettant de le faire soi-même et qu’on a le goût de le faire par soi-même.


La fracture numérique est la surutilisation du numérique, en non pas un déficit d’utilisation du numérique.


Et le digital dans tout ça ? Le savoir, au même titre que la nourriture, est un besoin humain. Le premier effet du digital est de détourner l’attention de l’élève, enfant ou adulte, du savoir. Un enfant qui recherche une information sur Google va mettre moins de 30 secondes avant de cliquer sur un bandeau publicitaire, passant ainsi du monde du savoir au monde de la consommation. L’information est en train de devenir une distraction, un détournement plutôt qu’un outil permettant une vraie émancipation. Le détournement de notre attention s’effectue principalement au bénéfice de la publicité, mais aussi de la propagande politique et religieuse. La fracture numérique est donc bien plus liée à une surutilisation incontrôlée du numérique qu’à une sous-utilisation et la première mesure sensée à prendre à la matière serait de limiter partout, en situation scolaire comme en situation professionnelle, l’exposition des enfants et des adultes à la publicité.


Le digital est à la formation ce que le sucre ajouté est à la nourriture.


Si le savoir correspond à la nourriture, le digital est une sucrerie dont nous sommes devenus dépendants et goinfrés, que nous ne pouvons nous arrêter de consommer. Pour s’en rendre parfaitement compte, il suffit d’observer le phénomène anti-vax. Des dizaines de milliers de personnes, essentiellement non formées sur le sujet pour la plupart, passant leur temps sur les réseaux sociaux, se sont convaincues de prendre des décisions rationnelles et informées en refusant la vaccination. Le digital, cet outil qui devait nous emmener vers un futur meilleur, a été l’outil du retour en arrière, donnant une légitimité aux pires positions obscurantistes. Si nous arrivons à limiter à l’essentiel l’usage du digital dans l’entreprise, ce ne sera déjà pas si mal. Cela devrait être notre premier objectif.


Thierry Klein

(Article paru dans MAG RH, octobre 2021.



 
 
 

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